Le blog de Yannick LE MOING

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"La Vérité sur le nucléaire", de Corinne Lepage : le non-choix du nucléaire

Publié par LE MONDE sur 7 Juillet 2011, 19:14pm

Catégories : #Société et Environnement

"Bon, je m'lève, je m'casse" : c'est par ces mots élégants que, le 19 juin, le ministre de l'énergie, Eric Besson, quittait le plateau de l'émission télévisée "Capital", sur M6.

Les questions qui lui étaient posées étaient certes critiques à l'égard de l'énergie nucléaire, mais lui laissaient pleinement le temps de répondre précisément.

Mais voilà : les nucléaristes sont devenus si dogmatiques qu'ils ne tolèrent plus le doute. L'énervement de M. Besson révèle l'attitude des dirigeants de ce pays : imaginer sortir du nucléaire y est, selon le sous-titre du livre de Corinne Lepage, un "choix interdit".

Il y a pourtant urgence, ne serait-ce que pour la bonne santé de la démocratie, à rouvririr ce choix. C'est que derrière l'accident de Fukushima, le 11 mars, émerge un cortège d'interrogations qu'il serait nécessaire d'examiner sereinement et ouvertement.

Corinne Lepage est avocate et députée européenne, et suit la question nucléaire depuis plus de vingt ans, et c'est sur le terrain juridique et économique que son argumentation est la plus percutante. Elle démontre combien le nucléaire échappe au sort juridique commun : cela est vrai au niveau européen, où le traité Euratom permet en matière de législation nucléaire "de court-circuiter le droit communautaire, non seulement dans l'élaboration des règles, mais aussi pour partie dans leur application".

Et cela se vérifie dans le cas français, où la construction des réacteurs s'est opérée sur la simple base d'un décret pris en 1963 : "Autrement dit, le Parlement a été prié de regarder ailleurs pendant que se réalisait le choix le plus structurant de tout l'après-guerre, en violation flagrante de l'article 34 de la Constitution et avec la bénédiction du Conseil d'Etat de l'époque qui a explicitement refusé d'invalider le décret de 1963."

Sur le plan économique, Mme Lepage montre aussi les failles d'une énergie qui ne paye pas tous ses coûts. Elle bénéficie d'une dispense de s'assurer à la hauteur des dommages qu'un accident peut causer - et c'est la collectivité, comme on le voit au Japon, qui prend en charge l'essentiel des coûts. Elle ne paye pas non plus ses dépenses de recherche, qui sont prises en charge par les budgets publics, à la différence des industries matures.

Elle n'intègre, surtout, qu'une part de ses dépenses relatives aux déchets et au démantèlement des centrales, alors que la radioactivité des matières implique des dispositifs d'enfouissement et de surveillance dont la concrétisation n'est toujours pas assurée.Or les coûts anticipés sont plus considérables qu'on ne le prévoyait.

Dans un chapitre technique mais précis, l'auteur montre ainsi qu EDF est "parvenue à supprimer l'existence effective des garanties financières" de démantèlement. "Notre dette publique s'est accrue, en catimini, probablement de 100 à 150 milliards d'euros. Dans une parfaite opacité. Est-ce cela la démocratie ?" Enfin, l'analyse de l'appareil industriel - partagé entre EDF, Areva et le Commissariat à l'énergie atomique - montre des choix d'investissements hasardeux, une désorganisation importante et une situation tout à fait inquiétante pour Areva.

Mme Lepage a-t-elle raison sur tout et doit-on la suivre dans son choix de sortie du nucléaire ? Le lecteur jugera. Mais elle a raison quand elle en appelle à un retour au droit commun et à un débat effectif sur des choix économiques qui vont faire peser une charge durable et importante sur le budget public.

LA VÉRITÉ SUR LE NUCLÉAIRE de Corinne Lepage. Albin Michel, 240 p., 17 €.

"La Vérité sur le nucléaire", de Corinne Lepage : le non-choix du nucléaire
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