Clémenceau, le Père la Victoire

par YLM  -  11 Juillet 2014, 06:25  -  #Histoire

Parmi les grands hommes politiques de la IIIème République, il y a eu trois hommes qui excellèrent aussi bien à la tribune du Parlement qu’avec leur plume : Jaurès, Gambetta et Clemenceau. Ce dernier a livré plus d’un combat en un demi-siècle de carrière politique. Du « tombeur de ministères » au « Père la Victoire » en passant par le « briseur de grèves » et l’ardent journaliste défenseur de Dreyfus, l’homme s’est illustré à de nombreuses reprises.

Une force de la nature

Georges Clemenceau, né en 1841 à Mouilleron-en-Pareds en Vendée, suivit les pas de son père. Il fit des études de médecine, obtint son doctorat en 1865, et exerça pendant près de vingt ans. Il s’intéressa ensuite à la politique. A la chute du Second Empire, il proclama la République sur la place de la Bastille (en conséquence de quoi il écopa de 4 mois de prison). Il fut élu député républicain radical de la ville de Paris en 1870.

Clemenceau devint la figure de proue des radicaux de l’extrême gauche et se fit remarquer par de fortes prises de position. En 1885, il s’opposa à la politique coloniale de Jules Ferry tant et si bien qu’il le contraignit à démissionner. Ayant déjà fait chuter le ministère de Léon Gambetta l’année précédente, il gagna le surnom de « tombeur de ministères ». Son tempérament fougueux lui valut également quelques ennuis. Ainsi, en 1872, il fut incarcéré 15 jours à la Conciergerie pour une affaire de duel.

Son activité journalistique

Clemenceau perdit de peu les élections de 1893 suite au scandale de Panama, dans lequel il se trouvait indirectement impliqué. Ecarté temporairement de la scène politique, il se tourna vers le journalisme. Responsable de la ligne éditoriale du journal L’Aurore, il s’illustra en 1898 en y publiant le célèbre « J’accuse » d’Émile Zola.

1902 marqua son retour en politique. Le sénateur du Var défendit avec ferveur la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Quatre ans plus tard, Clemenceau devint ministre de l’Intérieur et Président du Conseil (de 1906 à 1909). L’Histoire a retenu la force avec laquelle il réprima les mouvements sociaux (la grève des mineurs du Pas-de-Calais et la révolte des vignerons en Languedoc-Roussillon).

Le « premier flic de France » créa également à cette époque le ministère du Travail.

Un retour en politique plébiscité

Après son départ du gouvernement, Clemenceau passa dans l’opposition. La guerre s’installant, le Président de la République Raymond Poincaré l’appela à la tête du gouvernement en 1917 bien qu’il ne l’appréciait guère. Clemenceau commença par faire arrêter Caillaux et Malvy, partisans d’une paix négociée.

Il s’employa ensuite à faire la guerre, usant de sa poigne de fer pour que la République ne se détruise pas sous les bouleversements provoqués par cette guerre. Agé de 76 ans, il rendit plusieurs fois visite aux Poilus sur le Front pour encourager les soldats. Il joua un rôle décisif dans la dernière année du conflit.

Surnommé le « Tigre » puis « Père la Victoire » à l’armistice du 11 novembre 1918, Clemenceau sortit de la guerre avec une énorme popularité. Il fut élu par acclamation à l’Académie française trois jours à peine après la signature de l’armistice. Il fut chargé des négociations du traité de Versailles et, dans une ambiance générale revancharde, il ne perçut pas la démesure des exigences demandées à l’Allemagne.

En février1919, il échappa de justesse à un attentat commis par l’anarchiste Cottin. L’une des trois balles le blessa légèrement à l’épaule. En 1920, alors qu’il visait la présidence de la République, les parlementaires lui préférèrent Paul Deschanel. Cette déception marqua la fin de sa carrière politique.

Il passa les dernières années de sa vie à écrire (« Démosthène » en 1925, « Aux sources de la pensée vive » en 1926, « Claude Monet et les Nymphéas » en 1928) et à voyager, notamment en Inde et aux Etats-Unis. Ce fut un proche ami de Claude Monet. Georges Clemenceau mourut à Paris le 24 novembre 1929, à l’âge de 88 ans.

« Tombeur de ministère », « Premier flic de France », le « Tigre »… autant de surnoms pour souligner l’autorité, la détermination et l’incroyable énergie de Georges Clemenceau.

Clémenceau, le Père la Victoire