À vos marques, prêts, partez ! - Gérer les perturbations en situation d’urgence

par Yannick Le Moing  -  3 Octobre 2014, 08:09  -  #Société et Environnement

Pour réagir efficacement face à toutes sortes de risques de perturbations, une approche concertée de la gestion des situations d’urgence s’impose. Pour ce faire, il est possible d’appliquer la norme ISO 31000:2009, Management du risque – Principes et lignes directrices, à la mise en place de plans et de processus de préparation aux situations d’urgence.

Les risques de perturbations peuvent avoir des causes naturelles, biologiques ou anthropiques (venant des technologies, industries ou d’autres activités), et avoir de lourdes conséquences sociales et économiques pour les personnes, les organisations, les municipalités, les régions et les pays.

Parmi les effets spécifiques de ces risques, figurent les suivants : détérioration de propriétés, d’infrastructures et d’équipements ; coûts et pertes économiques indirectes ; décès, blessures et contaminations ; dégradation d’écosystèmes et perte de la biodiversité ; ainsi que pertes sociales et culturelles. Pour relever efficacement de tels défis, les plans de préparation aux situations d’urgence doivent :

  • Bien comprendre ce que, à l’origine du plan, l’organisation doit atteindre – les objectifs fondamentaux
  • Identifier les obstacles ou perturbations qui pourraient empêcher d’atteindre ces objectifs
  • Tester et mesurer l’impact probable de mesures de surveillance et d’autres stratégies visant à réduire les risques (en identifiant et en quantifiant le risque résiduel)
  • Déterminer comment l’organisation poursuivra ces objectifs si d’autres risques de perturbations devaient intervenir.

Ces aspects clés s’appliquent à toutes les organisations, publiques ou privées, qui doivent mettre sur pied un programme efficace de préparation aux situations d’urgence.

Ils peuvent même, moyennant une légère adaptation, être utilisés pour répondre aux besoins d’organisations de très petite taille ou de municipalités. Il est inutile d’aborder la préparation aux situations d’urgence comme un programme monolithique. Rédiger un plan ne fait pas tout : pour se préparer aux situations d’urgence, une organisation doit faire preuve de proactivité dans le déploiement de ses ressources si elle veut avoir la garantie que ses objectifs sociétaux ou commerciaux fondamentaux restent atteints en présence de risques de perturbations des activités.

Les contraintes – de ressources, de temps et de capacités – obligent généralement à focaliser le plan de préparation aux situations d’urgence sur des tâches clés, ce qui peut impliquer une interruption des activités cruciales pendant une période déterminée. Dans cette logique, d’autres objectifs et des périodes d’interruption prolongées peuvent être abordés.

Méthodologie d’évaluation du risque

Les personnes chargées de produire des plans et processus de préparation aux situations d’urgence doivent donc mettre au point une méthodologie d’évaluation des risques afin de comprendre clairement les objectifs à mentionner dans le plan.

Une telle approche pour conduire des évaluations des risques de situations d’urgence obéit à des raisons pratiques, sociales et économiques, notamment :

  • Améliorer la compréhension des problématiques liées au risque et veiller à ce que les mesures de traitement des risques aient un impact positif pour les connaissances, les compétences et les ressources (par exemple, capital, délais, personnes, processus, systèmes et technologies)
  • Normaliser les évaluations du risque et le développement de propositions alternatives visant à réduire les risques de sorte que les intervenants s’entendent sur la définition du risque
  • Renforcer la transparence pour que les processus d’évaluation soient suivis, vérifiés ou modifiés facilement à la lumière des connaissances ou informations améliorées
  • Accroître la cohérence pour permettre d’établir des comparaisons significatives entre différents risques de perturbations.

Pour relever les défis que représentent ces risques, il est indispensable d’aborder les objectifs ci-dessus lors de la mise au point des plans de préparation aux situations d’urgence. Il est ainsi répondu aux besoins des particuliers, des organisations, des municipalités, des régions et du globe.

Comprendre le risque

Pour atteindre ces objectifs, il convient que les organisations responsables mettent au point une méthodologie d’évaluation du risque de situation d’urgence, qui soit bien contextualisée et dans la logique d’ISO 31000.

Compte tenu de la complexité et de la gravité des conséquences que pourraient avoir certaines situations d’urgence, les lignes directrices de cette méthodologie doivent produire une compréhension intégrée, complète et objective des risques pour enrichir les plans de préparation exigés.

Les conclusions des évaluations effectuées selon la méthodologie ainsi élaborée doivent servir à améliorer la prise de décision quant à la répartition des ressources limitées pour les plans et procédures de gestion des risques et de préparation des situations d’urgence.

La méthodologie obtenue doit être échelonnable et pouvoir être utilisée tant sur le plan individuel que général pour évaluer des risques impliqués par des dangers de tous types. Selon le contexte d’application, toute étude menée sur la base de cette méthodologie se concentrera nécessairement sur des dangers particuliers ayant des enjeux importants pour la collectivité concernée.

Ce document sera utilisé par : les personnes chargées d’élaborer des politiques, plans et procédures de préparation aux situations d’urgence ; quiconque doit veiller à la bonne gestion des risques de perturbations au sein de la collectivité ou de l’organisation ; les experts du risque qui doivent appliquer la méthodologie ; ceux qui évaluent l’efficacité des pratiques de préparation aux situations d’urgence ; et d’autres parties prenantes.

La méthodologie doit être axée sur les événements d’urgence et s’attacher à l’évaluation des risques que présentent les événements nécessitant la mise au point de plans de préparation. Même s’il ne s’agit pas de se concentrer sur la gestion ou la réduction des risques, ou d’aborder les processus et pratiques de continuité opérationnelle, ces aspects peuvent bénéficier de l’application de la méthodologie.

Il n’est pas utile de couvrir le cadre ou processus de management du risque dans son intégralité, tel que le présente ISO 31000. Cependant, puisqu’il s’agit d’évaluer des risques inhérents à des situations d’urgence, la gestion des risques associés suit (et s’accorde avec) l’orientation des Normes internationales relatives au management du risque.

Le document résultant devrait aboutir à une méthodologie de l’évaluation du risque qui :

  • Facilite une approche orientée sur les risques dans des structures, qu’elles soient petites (par exemple, municipalités, organisations) ou grandes (à l’échelon régional et/ou national et/ou mondial)
  • Est utilisable à la fois pour traiter les menaces causées (par exemple, risque d’inondation, de tornade, de raz de marée et d’incendie de forêts) et subies (bâtiments ou infrastructures exposés à toutes ou parties des menaces pouvant entraîner une interruption des activités)
  • Utilise une approche scénarisée
  • Classe les risques en fonction du niveau de conséquences vraisemblables
  • Identifie le risque actuel en vertu des mesures de surveillance existantes, et le risque résiduel compte tenu de la mise en œuvre de mesures de surveillance supplémentaires et de l’amélioration des mesures existantes
  • Fournit des évaluations qualitatives du risque de référence et stimule des analyses plus détaillées
  • Permet d’évaluer le risque à différents niveaux de confiance
  • Donne des résultats comparables qui mesurent le risque et suggèrent des solutions pour le réduire.
Applicable à toutes les urgences

Dans un grand nombre de juridictions, la préparation aux situations d’urgence se concentre sur la survenue soudaine de catastrophes naturelles (telles que tremblement de terre, inondation, tempête, ouragan, onde de tempête, raz de marée, incendie de forêts, etc.). Certes, toutes les catastrophes ne sont pas imputables à la nature, mais, même si la cause des situations d’urgence diffère, les conséquences peuvent parfois être similaires. Il est donc indispensable que le document final adopte une approche tous risques et fournisse une méthode qui puisse s’adapter à d’autres sources de risques, notamment les épidémies (humaines, animales et végétales), la prolifération d’insectes ou d’animaux indésirables, ainsi que les risques dérivant des technologies et d’autres sources anthropiques, à moins que des techniques spécifiques d’évaluation du risque aient été élaborées pour l’analyse détaillée de risques particuliers.

Dans la norme ISO 31000, il est écrit que la réussite d’un management du risque dépend « … de l’efficacité du cadre organisationnel de management qui fournit les bases et les dispositions permettant son intégration à tous les niveaux de l’organisation. »

Une méthodologie appropriée garantit que l’information sur les risques de perturbations est bien rapportée et utilisée aux niveaux décisionnels pertinents en ce qui concerne les situations d’urgence et l’élaboration de plans efficaces de préparation à ces situations. Ceux-ci sont destinés à protéger les personnes, les organisations, les municipalités, les régions et les pays, et sont applicables mondialement, conformément aux exigences.

Cela permet aux personnes chargées de l’élaboration, de l’essai et de la mise en œuvre des plans de préparation aux situations d’urgence d’être mandatées et engagées par la direction de façon adéquate, ce qui facilite leurs activités.

Définir le champ à couvrir

Le domaine d’application de l’évaluation du risque doit être examiné avec attention afin de définir quelles informations sont nécessaires. Parce que le management des risques dérivant des situations d’urgence peut concerner de multiples menaces, la définition du champ d’application doit aborder les menaces que présente un événement unique ou un ensemble d’événements, la collectivité concernée y compris ses limites géographiques ou juridictionnelles, ainsi que les calendriers pertinents. Il convient donc de déterminer : la ou les situations d’urgence, les origines des risques (avec description des menaces) et les catégories d’impact (en décrivant les éléments menacés).

Il convient également d’être attentif au fait que les situations d’urgence peuvent avoir des conséquences positives sur le long terme pour la collectivité concernée, lesquelles peuvent contrebalancer (en partie) les effets préjudiciables immédiats ou à court terme. En outre, les conséquences perçues au-delà du cadre régional ou juridictionnel peuvent accroître ou amoindrir celles de la région. En règle générale, toute question soulevée lors du processus d’identification des risques (y compris les inquiétudes) peut être prise en compte, saisie dans le registre des risques et examinée dans le cadre de l’évaluation des risques.

Et surtout, pour se préparer efficacement aux situations d’urgence, il est nécessaire d’amorcer un changement culturel fondamental dans une société ou une organisation, en acceptant notamment la part d’incertitude et d’imperfection. Les personnes et les organisations doivent prendre conscience que toute prise de décision ou activité implique des risques, et qu’une partie de ces risques peut entraîner une interruption des activités. Elles doivent donc réfléchir à la façon dont elles gèreront les perturbations qui résulteront de leurs activités.

Il n’y a pas de solution miracle pour opérer le changement culturel requis, mais il est évident qu’une communication adaptée ne pourra qu’y aider.

Kevin W. Knight

Président, ISO/PC 262, Management du risque

Australie

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