Les écologistes en accord sur (presque) tout avec le pape François

par lacroix.com  -  22 Juin 2015, 08:06  -  #Société et Environnement

Le mouvement écologiste s’est largement félicité vendredi 19 juin de la publication de l’encyclique « Laudato si’», même si des points de divergence subsistent.

« Habemus Papam ecologicum ! », s’est réjoui dans un communiqué publié jeudi 18 juin Europe-Ecologie Les Verts (EELV).

« Rejet du consumérisme, apologie de la sobriété, dénonciation des puissances de l’argent, questionnement légitime autour du progrès eten particulier des OGM, reconnaissance de la dette écologique entre les pays du Nord et pays du Sud : à quelques mois de la conférence climat de Paris, il s’agit là d’un engagement appréciable qui devra aboutir à un accord ambitieux, contraignant et international sur le climat », développe le mouvement.

De fortes convergences

« Je suis frappé de voir à quel point l’encyclique est convergente avec ce que nous disons depuis des années », renchérit le député EELV, François de Rugy.

Ce dernier salue en particulier l’expression de « maison commune », qui souligne bien à quel point « chacun et chacune d’entre nous est touché » et « que c’est bien l’homme dans son environnement qui est concerné ».

La « maison commune » plébiscitée

« J’aime beaucoup ce terme de maison commune qui me rappelle Jacques Chirac affirmant lors du sommet de la terre de 2002 :”notre maison brûle et nous regardons ailleurs’’ », évoque l’ancienne ministre de l’environnement Corinne Lepage.

Pour cette dernière, l’encyclique a d’ailleurs la vertu essentielle de rappeler « la responsabilité de chacun vis-à-vis de la protection de la planète ».

Un renfort de poids

Pour le sénateur EELV Ronan Dantec, le pape apporte avec l’encyclique un renfort de poids au diagnostic porté par les écologistes.

« Qu’une autorité morale de ce niveau rappelle à quel point la situation est grave donne de la crédibilité à nos thèses », assure le parlementaire, qui en appelle à l’engagement des autres autorités religieuses.

Cinq mois avant la conférence de Paris

En accord sur le fond, les écologistes se félicitent aussi du calendrier. L’encyclique papale est en effet publiée - et ce n’est pas un hasard - à cinq mois de la conférence de Paris où devrait se conclure un accord mondial pour lutter contre le réchauffement climatique.

« Pour ne pas s’enfermer dans leurs intérêts égoïstes lors de la négociation climatique, les États-nations doivent sentir une pression de leur opinion », analyse François de Rugy.

Des divergences

Cet enthousiasme a des limites. Sans surprise, les écologistes se démarquent du discours papal sur les deux pommes de discordes habituelles entre le monde écologiste et le monde catholique que sont l’avortement et la démographie.

Dans l’encyclique, le pape François évoque en effet la valeur de l’embryon humain et réfute l’idée que la croissance démographique puisse être une menace pour l’environnement.

« Je ne partage pas tous les points de vue du pape, notamment sur les droits des femmes », affirme ainsi Corinne Lepage.

« Nous aurons toujours des divergences avec le pape sur cette question de la protection de l’embryon », assure de son côté François de Rugy.

La croissance démographique en débat

Concernant la croissance démographique, l’élu rappelle que les écologistes eux-mêmes ont des sensibilités différentes sur ce point et que tous ne sont pas des « néo-malthusiens ».« À titre personnel, je pense qu’on ne s’en sortira pas - que ce soit pour le climat, l’urbanisation ou la sécurité alimentaire - sans un ralentissement de la croissance démographique », précise-t-il cependant.

« On ne peut pas nier l’importance de la démographique, analyse Corinne Lepage.

L’empreinte écologique d’un milliard d’êtres humains n’est pas la même que celle de 7 milliards. Mais il est vrai que tout dépend aussi du modèle de développement. »

Une leçon « politique »

François de Rugy, favorable au retour des écologistes au gouvernement, en retient une leçon toute politique de ces divergences.

« Il y a des changements importants à réaliser, des lobbys puissants à contrecarrer, relève-t-il. Pour cela, nous pouvons travailler conjointement avec d’autres forces, même si nous ne sommes pas d’accord sur tout. »

Que ce soit les catholiques... ou les socialistes !

FILIPPO MONTEFORTE/AFP Le pape François le 14 juin 2015.

FILIPPO MONTEFORTE/AFP Le pape François le 14 juin 2015.