Militaires et écologistes fraternisent contre le dérèglement climatique

par Le Figaro.fr  -  23 Novembre 2015, 17:24  -  #Société et Environnement

José Bové, Pierre de Villiers et Brice Lalonde

José Bové, Pierre de Villiers et Brice Lalonde

Par Alain Barluet

A l'approche de la COP21, une rencontre inédite entre hauts responsables militaires et dirigeants écologistes s'est déroulée mardi à Paris dans le cadre d'une conférence organisée au Sénat sur le thème : «Climat, défense et environnement : un consensus est-il possible?».

Entre le général cinq étoiles et l'éternel insoumis, le rendez-vous aurait pu tourner court. Il s'est révélé plus que cordial. Le chef d'état-major des armées (CEMA), le général Pierre de Villiers et le militant altermondialiste - et député européen - José Bové ont souligné leur intérêt commun pour la cause du climat, mardi au Sénat, à la veille de la rencontre international des ministres de la Défense qui s'est tenue jeudi à l'Ecole militaire et à l'approche de la COP21.

«Sans le pré-requis de la sécurité, il n'y a pas de développement durable», a estimé le général de Villiers, en soulignant la contribution des armées à la lutte contre le stress climatique et énergétique, à travers les opérations extérieures (Opex), en Afrique notamment. Pour le CEMA, plusieurs facteurs rapprochent militaires et écologistes, notamment «une attention à la nature et au temps long», a indiqué le CEMA, lors de cette rencontre organisée par la sénatrice Leila Aïchi, vice-président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la haute assemblée. Brice Lalonde, conseil de l'ONU pour le développement durable et ancien ministre de l'Environnement de François Mitterrand, participait également à la conférence.

«L'important, c'est la prévention des conflits», a estimé José Bové en soulignant l'importance de la cause climatique dans le déclenchement ou l'aggravation des conflits», en Syrie, par exemple, où «un million et demi de paysans ont été chassés dans les villes». De nombreux officiers avaient pris place dans la salle Monnerville du Sénat, parmi lesquels le chef d'état-major de la Marine, l'amiral Bernard Rogel. Côté écolos, Jean-Vincent Placé et l'ancienne ministre Dominique Voynet avaient aussi répondu présents.

Trouver des solutions communes

Entre deux mondes, celui des militaires et celui des écologistes, qui ne se parlaient guère, et nourrissaient même mutuellement une vieille défiance, des passerelles commencent à se créer pour trouver des solutions communes. Face au défi global du déréglement climatique, ces partenaires improbables ont décidé d'amorcer un dialogue. Une première rencontre avait eu lieu l'an dernier entre Daniel Cohn-Bendit et le général Bertrand Ract-Madoux, alors chef d'état-major de l'Armée de terre.

Ecologie et développement durable sont désormais pris en compte pour la réalisation des infrastrutures militaires. Les stratèges les intègrent dans leurs plans pour desserrer les contraintes énergétiques en opération et maximiser le «soutien de l'homme» sur le terrain. Un Livre Vert de la Défense a été présenté par la sénatrice Aichi, il y a un an et demi. Les Américains, précurseurs en matière de «Green Defence», réfléchissent de leur côté aux «menaces sécuritaires non traditionnelles» et cette thématique a fait l'objet l'an dernier d'une feuille de route du Pentagone.

Reste l'écueil nucléaire, qui n'a pas manqué d'être mis sur la tapis, José Bové et Brice Lalonde rappelant leur hostilité à la dissuasion. Chacun, bien évidemment, rappelle ses fondamentaux et campe sur ses positions. Mais pas de quoi faire dérailler la rencontre. Le «besoin de mettre en avant le bien commun» doit l'emporter. «Les Français ont toujours su se retrouver dans les moments difficiles», a conclu le général de Villiers, évoquant un «pays de Gaulois» et se tournant vers son voisin moustachu en déclenchant des sourires. José Bové lui a fait écho. Le porte-flambeau du mouvement du Larzac, dans les années soixante-dix, ne s'émeut même pas de l'arrivée prochaine de Légionnaires sur le Causse. Il a proposé au ministre de la Défense de créer sur le site une «école internationale de décontamination des terrains de guerre»...