L'histoire du Belem (1)

par Yannick Le Moing  -  12 Décembre 2012, 11:28  -  #Nantes

Le Belem : un navire qui a vécu pas moins de cinq vies, changé trois fois de nationalité pour finir par retrouver le tricolore de ses origines, trompant la mort, survivant là où des milliers d'autres voiliers, plus grands, plus puissants, plus neufs, ont disparu à jamais... Un navire qui a suivi sa bonne étoile.

 

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1896-1914 : L'Antillais de Nantes

Le 23 décembre 1895, Fernand Crouan, de la maison Denis Crouan Fils, armateurs à Nantes, commandait à Adolphe Dubigeon, directeur des chantiers du même nom à Chantenay sur Loire, la construction d'un trois-mâts barque à coque d'acier.

Il s'appellerait Belem, du nom d'un port du Brésil où les Crouan avaient fondé au début du XIXème siècle un comptoir commercial.

Il allait servir au transport de marchandises, notamment de cacao pour le compte du célèbre chocolatier Menier.

Les ingénieurs de Dubigeon se mirent au travail d'après les spécifications très détaillées de Fernand Crouan : l'armateur voulait une coque en acier, des mâts en bois, une longueur à la flottaison de 48m, une largeur maximale de 8,80m, un creux de 4,90m.

Bref, un navire relativement petit, fin, élégant, rapide mais robuste, qui pouvait transporter jusqu'à 675 tonnes de chargement.

Sa ligne allait valoir au Belem, dès sa naissance, le surnom, prémonitoire, de « yacht » de l'armement Crouan.

La maison Crouan avait déjà confié à Dubigeon la réalisation d'autres trois-mâts du même genre, le Noisiel, le Claire-Menier et le Denis-Crouan. Comme le Belem, c'étaient des Antillais, destinés à assurer la liaison entre Nantes, les Antilles et l'Amérique du Sud.

Le Belem fut construit en moins de 6 mois et lancé le 10 juin 1896...

Il portait un équipage de 13 hommes et battait le pavillon rouge à étoile blanche de la maison Crouan.

Sur sa proue, la devise « Ordem e progresso » était celle du Brésil.

Des campagnes mouvementées
Dès sa première campagne commerciale, le Belem fut mis à rude épreuve. Il survécut, au Brésil, à un violent incendie à bord dans lequel les 115 mules de sa cargaison furent brûlées vives.

Quelques années plus tard, le trois-mâts devait échapper par miracle à l'éruption de la Montagne Pelée qui dévasta le port de St Pierre de la Martinique.

Le 8 mai 1902, à 8h du matin, une nuée ardente allait détruire, en 90 secondes, la ville, ses 30 000 habitants et tous les navires de la rade. Le Belem, faute de place, avait du aller s'ancrer la veille dans une autre baie – cette « mésaventure » qui avait suscité la colère de son commandant, le Capitaine Julien Chauvelon, sauva le trois-mâts et son équipage...

Le Belem allait sillonner l'Atlantique jusqu'en 1914, effectuant 33 « campagnes » - des voyages qui duraient jusqu'à six mois - d'abord sous le pavillon Crouan, puis celui de l'armement Demange, enfin celui des « Armateurs Coloniaux ».

Puis, à l'orée d'une guerre mondiale qui devait entraîner la destruction d'innombrables voiliers de commerce, le petit Antillais allait quitter la France pour d'autres rivages, d'autres pavillons, une autre vie.